La vérité peut-elle être provisoire ?

Réponse :

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La vérité peut-elle être provisoire ? 


Karl Popper, philosophe du XXe siècle, affirme qu'il n’est pas possible de fonder une connaissance absolue. La connaissance, parce qu’elle est humaine, est faillible  : il n’y a pas de source sûre de connaissance, il n’y a pas de critère absolu du vrai. Cependant, Popper n'est pas sceptique. La différence qu’il établit entre certitude et vérité permet de bien comprendre sa pensée. Selon Popper, quoique l’on ne puisse atteindre la connaissance absolue, on peut cependant progresser vers la vérité au moyen de certitudes provisoires.

Il explique que tant que des affirmations n'ont pas été contredites par l'expérience, elles peuvent être considérées comme des vérités. Lorsqu’elles sont réfutées par l'expérience, une nouvelle certitude apparaît, encore plus proche de la vérité. Toute certitude est donc vouée à être provisoire.


Par exemple, tant que nous n'avons vu que des cygnes blancs, nous pouvons considérer comme vraie la pensée : « Tous les cygnes sont blancs ». Il s’agit d’une vérité corroborée, c’est-à-dire pas encore réfutée, et donc vraie provisoirement. Toutefois, le jour où nous voyons un cygne noir, nous savons que cette pensée est fausse et nous sommes désormais plus proche de la vérité qu’auparavant, lorsque nous pensions que tous les cygnes étaient blancs.


Science vs pseudo-science


Une pensée, une fois qu’elle est réfutée par l'expérience, est fausse de manière absolue. Cette méthode, appelée « principe de réfutation », Popper l’applique systématiquement aux théories scientifiques. Ces théories ne pouvant être vraies absolument sont vouées à être un jour ou l’autre réfutées. Tant qu’elle n’est pas réfutée, une théorie est corroborée. Popper utilise cette possibilité de pouvoir être réfutée comme un critère permettant de distinguer les sciences des pseudos-sciences. Dans le cas où une théorie n’est pas réfutable, alors elle est, selon Popper, de l’ordre du dogmatisme et ne peut être incluse dans le domaine scientifique. La seule exception concerne les mathématiques car les théorèmes ne sont pas dogmatiques, bien qu’ils ne sauraient être réfutés, n’ayant aucune relation à l’expérience.


Deux théories sont jugées non scientifique par Popper : le marxisme et le freudisme. En effet, ces deux théories contiennent en elles-mêmes des éléments qui leur permettent de rejeter toute tentative de réfutation. La psychanalyse, par exemple, interprétera toute tentative de réfutation comme un acte de la censure qui essaie de rejeter un contenu inconscient. Ainsi, la théorie même de la psychanalyse intègre sa réfutation comme une preuve supplémentaire de sa vérité. Cette impossibilité de refuter le freudisme conduit Popper à affirmer que la théorie freudienne n’est pas scientifique ; c’est un système clos car elle refuse la confrontation avec d’autre théories qui pourraient la nier. Les systèmes ouverts, au contraire, acceptent cette confrontation. C’est cela que souligne Einstein lorsqu’il affirme que « 100 expériences ne prouveront jamais que j’ai raison, mais une seule expérience pourra n’importe quand prouver que j’ai tort. »


Extraits


La science émet des conjectures ou des hypothèses. Mais l’expérimentation ne peut établir que leur fausseté, et non leur vérité (c'est-à-dire leur nécessité) : elle ne permet que des réfutations. En effet, la nécessité d’une théorie ne pourrait être vérifiée que par des expériences infinies — alors qu’une seule expérience contradictoire suffit à réfuter un énoncé universel (de type : " Tous les A sont B "). Il n’y a donc pas de certitude absolue concernant la vérité, mais seulement un progrès de nos conjectures, c'est-à-dire de la résistance des théories aux falsifications. Connaître, c’est ne cesser de corriger ses erreurs. » 

K. Popper, Conjectures et réfutations : la croissance du savoir scientifique


Une théorie qui n'est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. Pour les théories, l'irréfutabilité n'est pas (comme on l'imagine souvent) vertu mais défaut. (...) Le critère de la scientificité d'une théorie réside dans la possibilité de l'invalider, de la réfuter ou encore de la tester.

(Ibid.)

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