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Dans le cadre de la réforme du bac de français, comment faire une dissertation sur les Lettres persanes ? Quels exemples mobiliser ?

Réponse :

Le nouveau bac français 1ère 2020 objet de cet exemple de ce sujet corrigé par ta prof de soutien scolaire en ligne : les voyages permettent-ils de s’instruire ?


Corrigé sujet type bac de français 2020


Dissertation 

La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle 

Parcours : le regard éloigné


       

En vous appuyant sur votre culture littéraire et sur votre étude des Lettres persanes de Montesquieu, vous répondrez à la question suivante : les voyages permettent-ils de s’instruire ?

                                                                                                                                                                        

            

Introduction                          

                             

- contextualisation 

du sujet

                                                               

- définition

            



      


           

                         

- problématisation (dissipation des évidences et questions que posent le sujet)

            



            

            



       

                

- problématique

           
                        

- annonce du plan

            


            

     Dans la Grèce antique, la formation aux sciences et différents arts se terminait souvent par un voyage en Égypte pour parfaire et élargir ses savoirs. Depuis l’Odyssée, on conçoit le voyage comme source d’apprentissage et il est souvent reconnu comme une étape nécessaire à la formation mais aussi à la vie de celui qui entre dans l’ âge adulte. Ainsi, aujourd’hui, de nombreuses écoles et formations universitaires proposent ou exigent un séjour à l’étranger des étudiants. C’est bien qu’on considère encore le voyage comme formateur et intrinsèquement lié à l’apprentissage. Le voyage comme déplacement géographique pour aller à la rencontre de l’ailleurs, semble aller de paire avec un sens figuré du mot voyage : déplacement par l’esprit, par l’imagination, cheminement de la pensée et de la connaissance.
            

    Ainsi le lien entre voyage et instruction semble aller de soi et nous serions tenté de répondre sans hésiter par l’affirmative à la question : les voyages permettent-ils de s’instruire ? Cependant, lorsque l’on parle de voyage, on pense d’abord aux vacances, éventuellement au farniente et non pas immédiatement à l’instruction. L’instruction peut ne pas être le but du voyage mais être indirecte. Cela nous interroge sur la nature de l’instruction : qu’apprend-t-on en voyageant ? S’agit-il d’en apprendre plus sur l’endroit que l’on découvre, ou bien plutôt sur soi-même, en comparaison à l’ailleurs ? D’autre part, le voyage est-il en lui-même toujours instructif ou apprendre en voyageant ne serait-il qu’une   possibilité ? Dans ce dernier cas, qu’est-ce qui conditionne cette possibilité ?             

            

    C’est dans ce cadre que nous nous demanderons si les voyages permettent de s’instruire et que nous nous interrogerons sur les objets de cette instruction et sur ses conditions. Nous verrons dans un premier temps que les voyages permettent de s’instruire sur différents objets. Dans un second temps, nous montrerons que les voyages permettent de s’instruire à certaines conditions, qui tiennent à l’état d’esprit du voyageur. Enfin, nous montrerons que toute instruction, tout   apprentissage est un voyage de l’esprit.       

  

I. Les voyages permettent de s’instruire

                  

1.  la soif de connaissance pousse au voyage

            



            

            

2. Les voyages apprennent par l’expérience et l’observation             (environnement, mœurs, systèmes économiques et politiques)

            



            

            



            

    
            

3.  Les voyages permettent de s’instruire sur soi

            


            

        
     Tout d’abord, les voyages nous permettent de nous instruire car c’est souvent la curiosité de l’ailleurs qui nous pousse au départ. Usbek et Rica, dans les Lettres persanes, ne dérogent pas à ce désir. Dès la  première lettre du roman, Usbek écrit à Rustan : « Rica et moi sommes peut-être les premiers, parmi les Persans, que l’envie de savoir ait fait sortir de leur pays ».  Ainsi, dès le début du livre, le voyage des deux amis est placé sous le signe de la curiosité intellectuelle, de la soif de connaissance. Le voyage, déplacement géographique, loin d’être de tout repos, est également ici cheminement de l’esprit.             

   Ainsi, les voyageurs, dans les Lettres persanes, s’instruisent sur différents sujets. Lorsque Rica relate son arrivée à Paris, dans la lettre 24, il s’étonne autant de l’architecture de la ville, comparant les  immeubles à des maisons d’astrologues, que de la manière de   vivre, critiquant le pas pressé des Français. Selon une démarche quasi-expérimentale, il observe la ville et déduit, se lançant au fur et à mesure de sa correspondance dans une étude des mœurs des Français, qu’il compare à celles des Persans. Ses recherches théoriques rejoignent ses observations de terrain, lorsqu’il parle par exemple de la politique en France et du système économique. Il s’intéresse donc au fonctionnement du pays et à son gouvernement.  L’émerveillement du jeune Réedi, ami d’Usbek effectuant un voyage à Venise, fait écho aux découvertes des Persans à Paris. Il suit les avancées de sciences pour lesquelles il se passionne dans cette ville   grouillante où se rencontrent les scientifiques et savants venus de partout. Il écrit à Usbek dans la lettre 31 : « Je sors des nuages qui couvraient mes yeux dans le pays de ma naissance ».

            
     Les voyages permettent donc de s’instruire en découvrant ce qu’il se passe ailleurs, les mœurs, le fonctionnement d’un autre système économique et politique, l’avancée des sciences dans un autre pays ; mais cela amène en même temps une remise en question de celui  qui découvre. Il en apprend alors davantage sur lui-même, sur ses propres mœurs et sur le fonctionnement de son pays, en comparaison de ce qu’il découvre.
    Par exemple, Usbek, pourtant particulièrement rigoureux en ce qui concerne la morale, remet en question l’interdiction de boire du vin dans son pays, dans la lettre 33. Il constate en effet que cela n’empêche pas les princes musulmans de boire « avec accès », tandis que cet usage est moins répandu chez les « princes chrétiens »           que leur religion autorise à boire du vin.                   

    En découvrant la France, Usbek s’interroge donc sur la religion  musulmane, et sur les mœurs orientales, ce que nous montrent également ses lettres adressées au mollak et aux deux dervis, dans lesquelles il se questionne sur des règles religieuses. Bien qu’il défende le fonctionnement du sérail contre la liberté de mœurs des femmes occidentales, ses inquiétudes croissantes à,l’égard du sérail trahissent un doute sur la pérennité d’un système qui enferme les femmes.   

            

Transition

        
      
     Nous avons donc montré que les voyages permettaient l’instruction, d’abord car c’est souvent la curiosité intellectuelle qui motive le voyage. Dans les Lettres persanes, les voyages sont l’occasion d’une découverte totale, où l’on apprend par l’observation, l’expérimentation et la discussion, mais cette découverte de l’ailleurs nous instruit en même temps sur nous-mêmes, notre propre pays et nos pratiques, comparativement au pays observé.

   

            

II. Les voyages permettent l’instruction, seulement à certaines  conditions

            
1. L’entreprise coloniale : dans le but d’ « instruire » l’autre             
            

           

            

           
            
2. S’instruire en voyageant, à             condition de mettre de côté ethnocentrisme et préjugés
            

           

            

            

           

            

            

           

            

            

           

            

            

           

    

            

3. Une instruction au détriment de l’objet observé

        
            

   Si voyage et instruction semblent historiquement liés, l’Histoire nous apprend également qu’au temps de la « découverte » de terres nouvelles, on a souvent voyagé dans le but de conquérir et d’instruire l’autre plutôt que de s’instruire. Ainsi, à partir de la fin du XVe siècle, on envoie des missionnaires convertir les peuples premiers, considérés comme barbares. Il fallait les instruire en matière de religion mais aussi leur apprendre la langue du colon et en imposer les mœurs, qu’il s’agisse de l’habillement, ou des denrées consommées. Ainsi, l’instruction n’est plus ici un cheminement intellectuel libre, poussé par le désir, la curiosité de connaître, mais elle est soumission, ensemble de pratiques imposées que l’on doit répéter sans réelle réflexion.   

          

    Pour s’instruire par le voyage, il faut donc se déprendre de ses croyances, de ses préjugés, afin d’accueillir l’autre et l’ailleurs dans sa pensée. Dès le XVIe siècle, Montaigne écrivait : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». De même, Montesquieu, au XVIIIe siècle, nous invite à relativiser les mœurs. Rica écrit d’ailleurs à Usbek, dans la lettre 52 : « Ne sentirons-nous jamais que le ridicule des autres ? ». Si ce propos commente le jeu de coquetterie des femmes dans les salons, où chacune s’applique à faire plus jeune que son âge et croit la plus vieille qui fait de même ridicule, cette leçon vaut aussi pour les pratiques qui sont différentes des nôtres.             

    Aussi, rendre l’apprentissage possible par le voyage nécessite au préalable de se défaire d’un certain ethnocentrisme ; c’est ce qu’ont pressenti Montaigne et Montesquieu, avant-même que le terme soit en usage. C’est aussi contre cet ethnocentrisme qu’écrit   l’ethnologue et anthropologue Lévi-Strauss. Dans Tristes tropiques, il invite à mettre de côté les catégories scientifiques, les manières de penser occidentales afin d’étudier les mœurs et comportements humains avec les grilles de lecture appropriées aux peuples qui les suivent. Il ne suffit donc pas d’aller ailleurs et d’observer ce qui nous entoure pour véritablement s’instruire en voyageant, une juste instruction  nécessite d’adapter notre regard aux objets nouveaux que nous considérons. Ainsi, dans Tristes tropiques, Lévi-Strauss invite le lecteur à se déprendre des attendus du voyage, véhiculés par les récits coloniaux et la littérature occidentale en général.
            

     Enfin, que penser d’une instruction pour soi qui se ferait au dépend de l’autochtone et  du milieu observé ? Ce fut sans doute la démarche d’un  grand nombre d’explorateurs et de scientifiques, observant,  expérimentant et exposant des spécimens animaux et humains des pays visités. Par exemple, au XIXe siècle, l’Occident était particulièrement friand de zoos humains. On peut citer le cas de Saartjie Baartman, dite « la Vénus hottentote », femme originaire d’Afrique du Sud qui fut exposée à Londres puis à Paris et auscultée en raison de sa morphologie étonnante pour les Européens qui s’étonnaient de sa cambrure et de son fessier jugé proéminent. À sa mort elle fut ensuite disséquée et les morceaux de son corps conservés par le scientifique Georges Cuvier. La dépouille de Saartjie Baartman n’est rendue à l’Afrique du Sud qu’en 2002.      

     Ici, comme dans le cas d’un  certain tourisme, le désir de voir et de connaître, la curiosité consommatrice de l’ailleurs s’exercent au détriment de l’objet étudié. Considérations éthiques mises à part, on   peut douter de la validité d’une instruction reposant sur de tels fondements. En effet, comment apprendre véritablement d’un objet sans tenir compte de ses interactions avec son milieu ? Comment fonder une connaissance complète d’un être que l’on résumerait au fonctionnement de ses organes et à la mécanique de ses membres ? Si le voyage, peut être excursion dans le but de connaître, il n’est l’occasion d’une véritable instruction qu’à condition de la prise en compte de l’objet étudié dans sa totalité et dans son environnement. 
        
            

Transition

        
      

    On pense souvent le voyage ou l’excursion comme une ouverture sur l’autre et l’ailleurs dont on peut jouir directement. Cependant, sans une prise en considération de l’autre dans sa totalité, sans se déprendre de ses préjugés, d’un certain ethnocentrisme ou de ses idéologies, les connaissances que le voyageur pensera acquérir ont peu de chance de le mener à une instruction véritable, à un accès à la connaissance. Une  certaine forme de sagesse, ou – du moins – un recul critique, semble un préalable à l’instruction par le voyage.

        
            

   III. C’est le voyage de l’esprit qui est nécessaire l’instruction

            
1. L’esprit critique : un préalable à l’apprentissage
            

           

            

            

 2. Les récits initiatiques : le voyage comme miroir de la formation de l’esprit             

            

           

             

            

3. Le voyage de la conception vers la réflexion en passant par l’imagination

            

           

      

            

 4. L’œuvre comme invitation au voyage

        
            

    Néanmoins, nul besoin d’un déplacement géographique pour s’instruire si l’on considère que le voyage, le déplacement, le cheminement, peuvent également être intellectuels et imaginaires. D’ailleurs, ne faut-il pas que ce voyage mental soit, pour donner au voyageur à l’étranger l’occasion de comprendre et de connaître ce

qu’il découvrira ?Ainsi, dans les Lettres Persanes, Usbek affirme, dès le début du livre, qu’il est critique à l’égard du pouvoir en place dans son pays. Cet esprit critique apparaît comme préalable à l’envie de découverte des deux amis qui quittent la Perse.             

            
    D’autre part, dans les grands récits de voyage de la littérature, le cheminement et les traversées sont des images du voyage de l’esprit. Dans l’Odyssée, Ulysse affronte autant de créatures diverses que de pensées et de désirs. Au fur et à mesure qu’il parcourt le monde et affronte les dangers, c’est sur lui-même qu’il en apprend davantage. De même, les étapes du voyage de Candide constituent sa formation intellectuelle alors qu’il est confronté aux horreurs humaines, par exemple lors de la guerre entre les Bulgares et les Albares ou lors de l’Inquisition au Portugal, et aux idéaux humains, lorsqu’il entre dans ce Paradis sur Terre qu’est l’Eldorado.                         
    C’est également notre conception, puis notre imagination qui se meuvent dans l’espace jusqu’à atteindre leurs limites lorsque nous   découvrons les « deux infinis » que nous expose Blaise Pascal au sein du « Fragment 185 » des Pensées. Le voyage que le philosophe propose alors à l’esprit du lecteur est d’abord un exercice de représentation qui le pousse au-delà de ses repères traditionnels, puis c’est une réflexion qui invite à se penser relativement à l’infiniment grand et à l’infiniment petit.   
          
    Si le voyage, en littérature, est souvent une image qui renvoie à  un voyage mental, on peut également considérer toute œuvre littéraire ou artistique comme une « invitation au voyage », pour reprendre le titre d’un poème de Baudelaire, comme une porte ouverte à l’imagination pour s’échapper, accéder à un autre monde. Le merveilleux, le fantastique et la science-fiction permettent de voyager dans des mondes imaginaires, où les pas du lecteur ne pourraient jamais le conduire. Cependant, si nous nous y plongeons avec plaisir c’est que ces mondes, aussi éloignés soient-ils du nôtre, y font quelque écho et nous permettent de mieux en connaître les mécanismes, les lois, les failles. Ils nous instruisent, de manière détournée, sur notre réalité. Aussi, peut-on être surpris des échos que fait la fiction dystopique à la réalité, à la lecture du roman 1984.              
            

 Conclusion              

            

 - reprise problématique

            

           
- reprise plan avec ses avancées             

            

           

            

            

           

            

            

           

            

         
- ouverture
        
            

    En  somme, nous avons montré que les voyages permettaient de s’instruire sur l’autre et l’ailleurs mais aussi de s’instruire sur soi-même et son propre environnement, comparativement aux mœurs, systèmes et environnements que l’on découvre. Pourtant, nous avons montré que, si c’était souvent le désir de connaître qui menait au voyage, la véritable acquisition de connaissances par le voyage nécessitait de se dépouiller de ses préjugés et d’un certain ethnocentrisme ; ce qui nécessite  de prendre en compte l’objet de notre observation dans sa totalité et dans son milieu, sans quoi le voyage était consommation, jouissance de l’ailleurs ou confortation narcissique du moi dans ses propres croyances. Il nous a alors paru que le voyage en tant que mouvement de l’esprit, cheminement de la pensée, était le véritable préalable à l’instruction entendue comme acquisition de savoirs, que le voyage soit métaphore de l’évolution de la pensée des héros, ou bien que le lecteur lui-même soit invité à voyager par sa conception, son imagination puis à cheminer par sa réflexion. La littérature et toutes les formes d’art invitent ainsi à une compréhension du monde et de soi par le truchement du voyage de l’esprit.              

     À ce titre, si les Lettres persanes invitent le lecteur à une réflexion sur la relativité des mœurs par l’intermédiaire des observations de deux Persans en voyage, on peut se demander quels enseignements Usbek tire de son voyage et où il en est dans son cheminement intellectuel. En effet, le roman épistolaire s’interrompt brutalement après la mort de Roxane, ne relatant ni le voyage de retour ni les pensées d’Usbek suite à cet événement. 



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