Le langage au centre de cet essai de philosophie proposé par notre E-prof de soutien scolaire Maryse pour vous aider dans vos révisions du bac philo.

Que l’on parle, que l’on se parle (à soi-même), le langage forme une boucle de résonances (écho) et/ou de « rai-sonances » (raisonnements). Le langage, mon langage provoquera une réponse chez quelqu’un (un silence est aussi une réponse). Le langage, mon langage peut se déployer dans un raisonnement, une suite d’arguments, de propositions liées les unes aux autres en fonction de principes logiques. Le langage émet des signes en vue d’une réponse, et le raisonnement est une émission langagière complexifiée, élaborée ayant pour vocation d’être entendue et comprise.

Le langage appelle donc au langage et, pour ce faire, s’ingénue à intensifier, complexifier, simplifier, diversifier les idées grâce aux signes.

Pour autant, il est sujet d’interrogation. Polysémique (plusieurs sens) débordant (lapsus), introuvable (indicible), le langage semble parfois avoir sa propre autonomie et déroute même le sujet parlant.

Doit-on se désespérer de l’impuissance du langage à se faire comprendre malgré les efforts du sujet à le complexifier, ou doit-on s’en réjouir ? Est-ce que la fonction principale du langage n’est pas d’être le trompe-l’œil de ladite « objectivité » de la réalité en tant que socle unique de représentation ? Est-ce que ce n’est pas l’imprécision même du langage qui permet de proposer un modèle unique de représentation du monde : l’idée d’une objectivité ?

Impuissant à communiquer, à représenter, à exprimer une quelconque vérité, ne trouve-t-il pas une planche de salut dans ses propres possibilités métalinguistiques ? Idéalisé comme le représentant conceptuel de la réalité, n’est-t-il pas en réalité le propre concepteur de cette dite-réalité ? A ce titre, fort de ce pouvoir créateur, ne devient-il pas le garant du sujet moral qui se construit ? N’est-ce pas lui qui donne une trace à l’engagement du sujet ? Le sujet ne se construit-il pas au fil de sa parole annoncée et donnée ?

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I Le langage : transcripteur de la réalité ?

Alors que ce sont les mots qui m’ouvrent les portes de la découverte du monde avec Hegel, la pensée ne peut réellement s’élaborer, s’affirmer, se concrétiser, sans les mots. Le langage est la condition de possibilité de la pensée et le support de la pensée sans lequel elle ne peut se développer : « le son articulé, le mot donne à la pensée une existence la plus haute et la plus vraie » (Philosophie de l’esprit de Hegel). Véhicule absolu et incontournable de l’exploration du monde, le langage ne témoigne d’aucun décalage avec la pensée. Son symbolisme n’implique aucun écart avec le réel puisqu’il est la représentation du réel. La pensée foule le sol du langage qui lui a ouvert la voie, et si elle s’avère peu claire ce n’est pas le langage qui est défaillant mais elle-même.

Les mots traduisent mal

Mais pourtant, il apparaît bien trop souvent à l’esprit, que la pensée déborde le langage par ses finesses, ses subtilités ….indescriptibles. Comme le dénonçait Bergson dans l’Essai sur les données immédiates de la conscience la pensée est ineffable : « La pensée demeure incommensurable avec le langage ». Le langage est incapable d’exprimer les subtilités individuelles. En prenant un exemple évident, on peut décrire combien la pensée est atrophiée, muselée, simplifiée dans les mailles rigides ou grossières du filet langagier. Ici, un écart entre le langage et la pensée s’ouvre. Le verbe « aimer » prononcé tous les jours s’actualise à chaque fois dans un contexte particulier, et prend un sens décrivant des situations très différentes : « J’aime la nature » ; « J’aime un homme » ; « J’aime le chocolat ». On utilise le mot « aimer » pour des situations si diverses que le mot devient un vecteur simpliste et simplifiant d’une énergie particulière.

révision baccalauréatParce qu’ils ont une structure, les mots trahissent une vérité, une émotion, un sentiment, une situation. En effet, le langage qui représente un système de règles qui régit les unités phoniques et graphiques, ainsi que leurs relations devient un outil complexe par lequel s’exprimera une intention, une énergie particulière. Le mot est sans vie, l’intention la lui donne. L’énergie n’est pas incluse dans le mot.Il est un vecteur, un véhicule sous tendue par une intention spécifique. Ainsi donc, à travers la phrase « J’aime le chocolat », on comprend l’idée de gourmandise, de plaisir, voire aussi d’addiction qui peut s’y déployer. Cette idée-là est très différente de la phrase « J’aime un homme » qui traduit ici une exaltation amoureuse, affective, sensuelle et bien d’autres émotions possibles. Ainsi l’émotion qui se dégage de « J’aime… » est différente à chaque fois qu’elle est prononcée. C’est dire combien les mots sont impuissants à se lover avec précision dans les aspérités, les nuances, les couleurs des sentiments par exemple.

Ces nuances ne sont donc perçues qu’avec l’énergie qui est derrière le référent (mot) prononcé. Il peut d’ailleurs y avoir des référents différents pour exprimer la même idée. Par exemple : « J’ai froid » et « Je prendrais bien une petite laine ». Ces deux phrases utilisent des mots différents mais signifient la même idée.

Ou bien il peut y avoir les mêmes référents pour exprimer des idées différentes voire opposées : « Tu es beau ! » à un homme que l’on trouve beau ou bien « tu es beau ! » à un petit garçon qui rentre couvert de boue après avoir joué. Ici les idées s’opposent et utilisent pourtant les mêmes référents.

Les mots seraient donc des transmetteurs d’idées, mais plus que cela, d’une énergie qui peut dès lors s’exprimer sans les mots. Car, il est des silences qui expriment une énergie de peur, de joie, de révolte, de haine, d’amour, de solitude. Il est des silences qui parlent sans le moyen des mots. Ici, l’expression déborde le mot qui, au fond, n’en est que le support.

Ici, d’un point de vue structural, le mot est dans l’impossibilité de rendre compte de la spécificité de l’expérience vécue. C’est l’énergie dont il en est le vecteur qui donne un sens subtil à l’expression des idées, émotions, sentiments etc. Mais n’est-ce pas cette impuissance à traduire précisément les expériences ou idées qui confère au langage l’illusion de comprendre et de partager une réalité qui ne peut être partagée ? En tant que système conventionnel, le langage se heurte au danger de l’anthropomorphisme qui prétend parler du monde tel qu’il est alors que nous en parlons tel qu’il est pour nous. De par sa structure conventionnelle, le langage donne le change : on a l’illusion d’être réellement compris, au plus profond de soi-même. La qualité très générale du langage donne l’illusion de comprendre l’autre et d’avoir une communication profonde.Paradoxalement, un outil plus précis que le langage trahirait peut-être notre difficulté à comprendre l’autre.

Les mots peuvent trahir

Plus encore, les mots peuvent être utilisés pour masquer une réalité. Ici, l’utilisation des mots ne traduit plus une réalité mais veut la cacher.

A ce sujet-là dans le texte Vérité et mensonge au sens extra-morale, Nietzsche décrit l’homme par essence dissimulateur et ce, en raison de ses propres faiblesses. En effet, selon ce philosophe l’homme utilise le langage pour mentir. Il ment par nécessité parce qu’il est bien plus faible que les autres animaux. Il utilise donc le langage pour tromper, ruser, et dissimuler ses faiblesses. En outre, l’auteur ajoute que l’Homme soucieux de vivre avec les autres va créer le concept « fumeux » de vérité qui ne se définit plus comme l’adéquation d’un discours avec son objet, mais comme l’acceptation des attendus sociaux obligatoires qui favorisent la paix sociale. Ainsi donc, si l’illusion n’est pas fâcheuse pour les hommes, elle peut le devenir si ses conséquences compromettent la paix sociale. De plus, la vérité n’est convoitée que pour ses suites agréables, celles qui permettent de conserver la vie. Par suite, une vérité qui génère des suites destructrices n’est pas envisageable, acceptable. Ici, le langage devient l’instrument de cette duperie. Promu et développé pour favoriser la paix sociale, au service de l’instinct de conservation, le mot « Vérité » a été créé. Cette notion répond à des besoins pratiques, utiles et non à une volonté de connaître de manière désintéressée.

Selon Nietzsche, cet art de la dissimulation, du mensonge, de la flatterie, de la tromperie atteint son sommet chez l’Homme et il se réalise au moyen du langage. En effet, en tant que moyen universel et obligatoire de communication, le langage conventionnel est le plus à même de faire passer de l’imaginaire pour de la réalité. Par exemple, « Les hommes sont libres » est une phrase qui présuppose que la liberté existe pour l’homme. Puisque le mot existe, l’état de liberté existe de manière presque évidente. Le langage émis crée donc une réalité. Or, rien ne prouve que la liberté existe. Et d’ailleurs, en quoi consiste-t-elle exactement ? De même « je suis riche » à la place de « Je suis pauvre » crée de l’irréalité grâce au langage.

Doit-on faire le deuil de la capacité du langage à exprimer une vérité et non pas seulement à l’imaginer au profit de la paix sociale ? Doit-on abandonner la quête de la vérité, fer de lance du langage ? Si la vérité créée par le langage - qui fige - est un concept illusoire qui masque le mouvement perpétuel de la vie, doit-on alors s’en méfier, l’oublier ? Au profit de quel autre moyen de communication ?

II Le métalangage créateur du réel

En analysant et constatant l’irréalité que propose le langage créateur d’une vérité illusoire, Nietzsche utilise pourtant le langage et, plus exactement, le métalangage. En montrant la construction viciée du langage sur lequel repose notre représentation de la réalité, le langage parle du langage, mais pas du réel extralinguistique. Y a-t-il un extérieur au langage ? Peut-on aller en dehors du langage ?

La capacité métalinguistique est celle de parler du langage.Or tout un chacun est capable de déconstruire des définitions de mots, d’opter pour d’autres qui lui paraissent plus pertinentes. Comme des pièces de Légo, avec les mots on peut faire de belles constructions, que l’on peut aussi déconstruire. Ainsi, le sujet métalinguistique qui analyse un mot, une phrase, qui redéfinit, critique un concept, qui joue avec les mots, participe à la recréation de sa réalité.

Mots et réel ne font qu’un, et l’homme, sujet parlant a la capacité de remettre en cause certaines vérités exprimées par des mots pour en recréer d’autres. Il y a d’ailleurs la polysémie des mots ainsi que leur durée de vie et leur évolution. Un mot est vivant parce qu’on le rend vivant. L’idée de « liberté » ouvre sur plusieurs sens et évolue en fonction de l’histoire par exemple.

Si le langage ne peut donc traduire la réalité en soi (telle qu’elle est vraiment sans la présence de l’homme) parce qu’il est arbitraire, utilisé à des fins pragmatiques et grégaires, s’il ne rend pas compte de la réalité fluide et mouvante en la fossilisant avec des mots « rigides », il a la capacité de déconstruire ses productions dans un processus créatif, appelé le métalangage (langage qui parle du langage).

L’action psychanalytique repose sur ce processus où la symbolique des rêves, le sens des lapsus et des actes manqués sont analysés et déconstruits aboutissant à une recréation ou transformation imaginaire du réel. En tant que psychanalyste, Freud accueille son patient avec des maux, qui s’exprimera avec ses mots. Et la psychanalyse est une interprétation des mots que souvent Freud comparait à une traduction. En effet, le patient reçoit de son inconscient un message dans une langue qu’il ne comprend pas. Ce message peut être un symptôme (phobie, peur, douleurs …), un acte manqué un lapsus, une conduite inexplicable, ou des rêves. Au fur et à mesure de la psychanalyse, la mise en évidence d’un ensemble complexe de pensées refoulées va agir sur l’esprit et va agir sur les symptômes du patient, pour parfois disparaître complètement. La traduction du langage inconscient est un métalangage qui agit sur la représentation du réel.

Ici, par exemple, pour Freud, la lecture des mots équivoques (double sens) a été un fil conducteur important, menant à l’inconscient, au point qu’il en ait fait une technique pour l’interprétation des rêves. Souvent les mots utilisés dans les rêves ou le mot d’esprit (humour) sont empruntés pour leur capacité à figurer des images à double sens. Pourquoi ? Avec un sens, ils présentent à la censure une figure anodine, avec l’autre ils permettent la satisfaction des pulsions interdites.

En bref, l’analyse du langage permet de remonter aux désirs profonds du sujet exerçant sur lui une refonte de la représentation de ses désirs par exemple.

Le langage qui parle de lui-même, qui s’interroge sur lui-même est une source de création infinie, impactant le sujet dans son évolution et modifiant et/ou élargissant son champ de la réalité.

III Le langage comme engagement du sujet moral

Vecteur de la représentation de la réalité, le langage se régénère dans une autocritique permanente. Incapable d’exprimer une réalité en soi (vraie et réelle), la réalité langagière fait monde, tout en se cherchant indéfiniment vers l’horizon du concept creux mais dynamisant de vérité.

Est-ce que l’ensoi de l’être, sa vérité, son essence n’est pas cette capacité à déconstruire, redéfinir, recréer du sens avec du langage? Cet outil devient alors une force active et non plus seulement descriptive et le sujet, un acteur engagé et conscient de sa création. A travers le langage, le sujet donne sa parole, engage moralement ses propos. La parole le présente comme l’auteur responsable de sa propre création.

Le langage agit, fait. Le langage est une « praxis » et non une « théoria » (idées). Cette perspective évoquée dans le célèbre ouvrage de Austin Quand dire, c’est faire montre combien les énonciations ont une dimension pragmatique ou performative. Austin y présente son célèbre exemple du mariage entre deux êtres. Quand le maire proclame : « Je vous déclare mari et femme ! », il crée une nouvelle situation pour deux personnes qui sont devenues époux et épouse. Son énoncé a créé quelque chose. A l’issue de sa prononciation, des liens juridiquement définis se sont ajoutés. Son énoncé est performateur au sens où il a créé une nouvelle réalité : les liens du mariage. De même, quand un prévenu est déclaré coupable ou innocent, le président du jury a créé une nouvelle réalité. Aussi, lorsqu’un médecin annonce à son patient qu’il lui reste six mois à vivre, il a créé un pronostic qui impactera le patient d’une manière ou d’une autre. On remarquera que le statut du locuteur participe au caractère performatif de la réalité. En effet, suivant le statut et l’image que nous accordons à la personne qui parle (parents, professeurs, médecin, curé, avocat, voyante, etc…), le discours aura d’autant plus de chance de se réaliser, au sens où nous lui obéissons. On a souvent jugé de l’excellence ou de la médiocrité de certaines voyantes, mais n’est-ce pas le crédit qui est accordé à leurs propos qui leur donnera une véracité, qui impactera – peut-être- les choix de vie de la personne. La performativité, la capacité créatrice de la voyante n’est-elle pas liée à la puissance de crédibilité qu’on lui accorde. La voyante est supposée « voir », mais n’obéissons-nous pas à ses augures ?

Pour prendre un autre exemple plus courant concernant les enfants qui croient les adultes. Si un enfant croit qu’il est idiot, c’est qu’il accorde à celui qui profère ce jugement beaucoup de crédit (parents, professeurs etc…). Dès lors, il est convaincu d’être idiot. La capacité performative de quelqu’un est donc liée à l’image qu’il occupe dans l’esprit de celui qui écoute. Le maire a la capacité de marier de par son statut. Personne d’autre ne peut réaliser cet acte avec seulement des mots. C’est la raison pour laquelle nous sommes tous créateurs de la réalité pour ceux qui nous accordent du crédit, de la valeur, de l’amour, de la sagesse, de la connaissance etc… Aussi, les personnes qui ont un statut hiérarchique élevé ont plus de facilité à détruire ou grandir l’image sociale ou professionnelle d’un individu.

En outre, si notre parole impacte de manière subconsciente autrui, elle nous impacte aussi car du fait d’avoir été proférée, elle nous engage à la respecter. Une promesse doit être respectée par exemple. Dès qu’elle est énoncée, elle s’étend, résonne et attend son application pratique. Plus encore, elle doit être en adéquation avec les faits, les actes. Par exemple, expliquer à son enfant qu’il ne faut pas dire de gros mots, et en dire régulièrement annule la crédibilité du discours – pourtant empli de sagesse – parce que les actes ne suivent pas. Il n’y a pas rapport cohérent entre les actes et les paroles.

Le respect de la parole donnée, du conseil prodigué, de la promesse établie est l’étalon de la conscience morale de chacun et en détermine sa qualité.

Si le langage faillit à traduire la réalité, promeut l’illusion salvatrice de la communication avec autrui, voire masque la réalité, la parole est le don que l’on accorde à autrui, don en vertu duquel l’autre se construit, et en fonction duquel le soi est engagé dans la construction et le respect de sa propre identité. Ainsi donc, en prenant quelques raccourcis « Quel est ton rapport avec ta parole ?… et je te dirai qui tu es ! »
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